juste un petit texte que j'ai écris l'autre soir. en pensant à ma lolo quand je suis arrivée au deuxième paragraphe.
dites moi : est ce que ca va si je m'arrête là ou est ce que ca mérite une suite? Paris. La tour Eiffel. , 31 mai 2004. dernier étage. Je regarde le vide. En bas, les passants me semblent tout petits. D'ailleurs, heureusement que je sais que ce sont des gens, parce que d'ici, je ne vois que de taches noires. Enfin, des points plutôt. Ça fait dôle de penser que la terre est peuplée de points. Nous sommes des points noirs. Des impuretés sur une terre trop belle pour qu'on la souille. Un jour, la terre va se rebeller et faire crever tous ses points noirs. Ce sera bien fait pour nous. Un juste retour des choses.
Quand je pense que je suis ici, contemplant d'en haut une ville réputée pour son luxe et son romantisme, à nourrir des réflexions sur la pourriture du monde et à faire des comparaisons idiotes. Normalement, c'est plutôt le genre de truc qu'on se dit au milieu d'une centrale nucléaire ou devant une preuve flagrante de la bêtise humaine ou de sa petitesse. Pas ici. Mexico aurait été plus approprié pour développer cette pensée. Mais pour cette erreur de ville, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. C'est vrai, ça, c'est ma faute.
C'est à cause de mon boulot que je suis ici. Pas POUR mon boulot, non, A CAUSE. Il y a une différence. Une relation de cause à effet que le POUR n'incluse pas. Je suis ici PARCE QUE j'ai quitté mon travail. Là aussi, il faut faire attention aux mots, à leur ordre. On ne peut pas inverser les deux propositions. La phrase serait fausse. Mais assez de constatations syntaxiques, concentrons nous plutôt sur le sens.
Il y a une semaine (six jours pour être exact), j'ai tout plaqué. Mon boulot de chef comptable dans une grande surface, mon appart de banlieue chic londonienne, ma petite amie. Je n'ai rien dit à personne, pas laissé de mot pour expliquer mon acte, rien. J'ai pris mon sac de voyage, je l'ai rempli de quelques fringues, de choses auxquelles je tenais vraiment. J'ai emporté tout l'argent liquide que j'ai trouvé chez moi, et laissé la carte bleue. J'ai fermé la porte à clef, mis (littéralement) la clef sous la porte, et je suis parti. A Heathrow, j'ai pris le premier avion, sans me soucier de la destination. C'était Paris.
J'avais tout pour être heureux. Une famille aimante, un bulot bien payé, une petite copine sexy, des amis indéfectibles. Et pourtant je suis parti. J'étouffais. Dans mon sac, pour seuls vestiges de ma vie passée, l'intégrale cd des Cures, L'importance d'être constant d'Oscar Wilde, un mini globe terrestre, mon réveil, le livre de photos de Doisneau que j'ai eu pour mon dernier anniversaire, mon ours en peluche préféré (celui avec l'oreille pelée), et mon numérique. C'est tout.
Je suis ici de puis six jours. A Paris, je veux dire, pas sur la tour Eiffel. J'ai pris une chambre dans un petit hôtel pas cher. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, de quoi je vais vivre. Pour l'instant je suis libre, et ça me suffit.