ceci est la suite du texte de la page 1. toutes vos critiques constructives sont les bienvenues.L'ascenseur arrive. Un dernier regard sur ce vide dans le quel j'aurais envie de me jeter pour voler comme un oiseau, encore plus haut, plus loin, plus près du soleil, la tête dans les nuages, pour embuer le trop plein de pensées qui s'y bousculent. Je décroche enfin mes yeux pour les poser sur l'ascenseur. Je monte dedans. Les portes se ferment. Je redescends vers la terre, ô combien trop ferme!
Vu d'en bas, c'est moche, cet amas de ferraille. En fait, les gens montent dessus parce que c'est le seul endroit dans cette ville d'où on ne la voit pas. Je tourne le dos à la dame de fer et m'en vais par le trocadéro. Il pleut. Le temps est gris. Bien la peine de quitter Londres si c'est pour avoir le même temps ici. Demain je pars de paris. Et comme j'ai l'impression que mes idées s'accordent au temps, j'espère qu'il fera beau. Ou du moins pas gris.
J'ai choisi le train. Il ne donne pas cette sensation de vol, de hauteur, de plénitude que je ressens en avion, mais j'ai peur de ne pouvoir redescendre si je monte trop haut. De plus, c'est moins cher. Et mes réserves s'épuisent de plus en plus vite. Si je ne trouve pas rapidement un moyen de remplir ma bourse, il va falloir que je fasse encore plus attention. Ca me fait bizarre, à moi qui ai toujours vécu dans l'opulence, de penser qu'il va falloir que je me serre la ceinture.
Je n'ai jamais manqué de rien. J'ai toujours eu ce dont j'avais besoin, et même plus. Mon père gagnait bien sa vie, ma mère restait à la maison pour s'occuper de la cuisine, du ménage, et de moi. J'étais fils unique de fils unique, archi gâté par mes parents et mes grands-parents. Pourquoi « j'étais » ? Je le suis toujours. Mais à l'instant présent, présent, ce type qui a grandi dans cette bourgeoisie londonienne basée sur les apparences me semble infiniment loin de moi. Non pas que j'aie été mal traité, mal aimé, mal nourri, ou mal je ne sais quoi. Mais j'ai toujours été poussé à bien faire, à réussir ma vie selon des critères, qui, je me rends compte aujourd'hui, ne sont pas les miens. Je ne veux pas que les autres me respectent parce que j'ai un gros salaire, une grosse voiture ou une grosse maison. Je ne veux pas être jugé sur ma taille. D'autant qu'avec mon mètre soixante dix, ce n'est pas ce qui se remarque le plus chez moi. Cet homme, de l'autre côté de l'allée, avec ses grandes dreads locks, ses grosses chaussures de marche et son énorme sac à dos, serait quelqu'un d'important si on jugeait sur la taille. Quoique je ne pense pas qu'il serait très respecté par mon père et ses amis...la faute à son nez trop court, peut être ?
Dehors, le paysage défile tandis que je file vers Bordeaux. Pourquoi Bordeaux ? Parce que Bordeaux. Parce que l'océan et les vignobles, la traite négrière et les embouteillages quasi constants. Beuh. J'aurais pas du choisir Bordeaux. Parce que j'ai choisi, cette fois-ci. J'avais Lile (trop près de Londres), Strasbourg (j'aime pas la choucroute), Rennes (trop celtique, on a le même folklore chez nous), Marseille (les gens parlent trop), Toulouse (simplement pas envie), ou Bordeaux. Alors Bordeaux.
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