la suite de la suite. dites moi si vous aimez.Bordeaux. Un temps moyen beau. A peine mieux qu'à Paris, et mon humeur s'en ressent déjà. Je me ballade dans des rues animées, entouré de gens plus ou moins souriants, dont j'ignore tout et qui en savent autant sur moi. Armé de mon numérique, je capture tout ce qui me passe devant les yeux. Je ferais le tri plus tard. Pour l'instant, je profite des quelques rayons de soleil qui glissent parfois à travers les nuages, éclairant une scène inattendue sous un autre angle, pour le plus grand bonheur de mon appareil. J'écoute autour de moi les bribes de conversations dans cette langue dont les accents me sont de plus en plus familiers. Même l'odeur de pollution qui s'échappe des pots d'échappement me semble plus douce que tout ce que j'ai jamais senti. Je me retourne sur de jolies jambes et des cheveux noirs en robe verte. Je souris.
Dans la petite chambre que j'ai investie hier, je me sens plus chez moi que dans aucun autre lieu plus spacieux ou j'ai séjourné plus longuement. Peut-être parce que cette chambre, c'est moi qui l'ai choisie, délibérément. Jusqu'à présent, j'ai toujours fait ce qui était bon, bien de faire. J'ai décroché mes A-levels en anglais, histoire-géographie et mathématiques de justesse. Je suis allé à Cambridge pace que c'était ce que mes parents avaient prévu, en faisant semblant que c'était ce que je voulais. J'y ai décoché mon diplôme en en faisant les moins possible. J'ai pris le boulot de comptable que mon père m'avait trouvé et emménagé avec ma copine de fac (fille de gens biens elle aussi, ça s'entend). J'ai fait tout ça, non par envie, mais parce que c'était ce que l'on attendais de moi. Et, si j'avais parfois des éclairs de lucidité à ce sujet, je n'avais jamais réellement réalisé jusqu'à...jusqu'à rien. Il n'y a pas eu d'élément déclencheur, pas d'événement particulier, rien. Juste une idée, une vérité qui s'ouvre à vous, qui vous explose à la figure, un déclic. Un truc que vous avez toujours eu devant les yeux mais dont vous réalisez tout à coup qu'il est là. Comme quand, sur le chemin du travail que vous empruntez matin et soir depuis des années ; vous remarquez soudain une maison en ruine sur le bord de la route. Elle a toujours été là, cette maison, et pourtant vous n'y aviez jamais prêté attention. Jusqu'à ce qu'elle s'impose à vous, qu'elle vous saute aux yeux, au point que vous ne voyez plus qu'elle. Et bien, cette idée jusque là invisible est devenue tout à coup si criante d'existence que je ne pouvais plus l'ignorer. Alors je suis parti.
Et la suite ? la suite, c'est moi, affalé sur ce lit une place. Moi, qui fait défiler dans ma tête les images de mon existence inconsistante et devant mes yeux celles de cette après midi sur l'appareil. La suite, je suis incapable de la décrire, de la prévoir. La suite, je ne le veux que comme une succession d'instants présents pleinement vécus. La suite, pour le moment, ça sera la joie de déguster un sandwich triangulaire de supermarché au goût inexistant sur le chemin de la borne de développement photographique repérée dans la matinée.
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